Prévention/Protection
Prévention, Protection et Rétablissement
Jane Warburton pour le Groupe d'ONG pour la Convention relative aux Droits de l'Enfant
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Résumé
Les abus sexuels sur les enfants et les jeunes par le biais de l'exploitation commerciale sont une violation fondamentale de leurs droits. C'est un problème universel et complexe, qui ne se prête pas à une analyse simpliste ni à des solutions faciles. Elle recouvre un large éventail d'agresseurs et différents types d'agression, et varie selon le type et le degré d'impact sur la victime. On a bien pris conscience du caractère universel de cette agression, mais on est moins bien renseigné sur son ampleur ou ses tendances. La question des divergences de terminologie et la piètre qualité d'une grande partie de la recherche sur l'ampleur et l'impact du phénomène reste préoccupante.
Depuis le premier Congrès mondial contre l'exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales, en 1996, qui a servi à polariser l'attention sur le problème, on assiste à une multiplication d'activités visant à conjurer une augmentation potentielle du nombre de cas d'agression et son impact négatif sur les enfants et les jeunes. Il y a davantage d'interventions sous la forme de projets ciblés spécifiques, nés surtout d'une meilleure prise de conscience du fait que les enfants victimes d'agression et d'exploitation sexuelles sont souvent des enfants déjà aux prises avec toute une série de situations difficiles : enfants déplacés et réfugiés, enfants des rues, enfants travaillant dans des conditions dangereuses, etc. Une approche inclusive englobant ces interventions dans des programmes destinés à ce groupe poly-défavorisé est un bon moyen d'améliorer l'accès aux services et de réduire la marginalisation et l'isolement dont les enfants agressés et exploités font l'expérience. Malgré tout, on n'utilise pas encore assez les possibilités qui existent d'atteindre les enfants vulnérables ou en situation d'agression sexuelle, notamment en faisant appel aux organisations qui s'emploient à conjurer la menace et à atténuer l'impact du VIH/sida, et à lutter contre la toxicomanie.
Plutôt que de mettre l'accent ou de se focaliser sur les besoins particuliers des enfants victimes d'exploitation sexuelle, beaucoup de services choisissent ouvertement de retenir une approche globale et opèrent selon des modalités conformes aux principes et démarches fondamentaux du travail englobant tous les enfants. Il s'agit notamment d'insister sur les droits des enfants, d'appuyer leur participation et de prévoir des activités de nature à valoriser ou à renforcer leur capacité d'adaptation. Ces services tentent de réduire l'isolement et l'aliénation. Ils appuient des stratégies de survie qui permettent aux enfants de quitter le monde de l'industrie du sexe. Ils tirent parti des différences culturelles lorsqu'elles sont positives, mais réagissent contre les pratiques traditionnelles qui pérennisent l'agression. Les prestataires de services apprennent les uns des autres et s'appuient sur des réseaux. Au niveau du pays tout entier, un dispositif législatif, politique et social doit être mis en place pour appuyer les efforts faits au niveau individuel ou local.
On ne saurait affirmer que cette prise de conscience et ce développement des services aient permis de faire changer autant qu'on l'escomptait la situation des bénéficiaires, c'est-à-dire les enfants vulnérables ou déjà pris dans les filets de l'exploitation sexuelle à des fins commerciales. Le manque d'éléments d'appréciation tient aux déficiences de l'évaluation des programmes et des projets. Or, l'évaluation joue un rôle d'autant plus indispensable que l'expansion des mesures de prévention, de protection et de réadaptation doit s'appuyer sur un transfert des méthodes les plus efficaces et des enseignements tirés des erreurs commises. Si l'on ne peut pas compter sur une évaluation de l'impact de la plupart des projets, on peut définir certains critères au regard desquels il est possible, en principe, d'analyser le degré d'exécution des projets. La présente étude propose des critères dérivés des instruments internationaux, des directives concernant la pratique, des vues des enfants et des jeunes, sans oublier les données de la recherche. Il est possible, en s'y référant, de dégager certaines pratiques recommandables et mettre en évidence la façon dont les critères se concrétisent dans des activités pratiques, en s'appuyant sur des exemples relevés dans le monde entier, en particulier les interventions auprès d'enfants victimes d'agressions présentant ou non un caractère "commercial", car on sait que, dans les deux cas, les réactions des enfants sont bien souvent analogues et qu'il est bon de mettre en commun les idées et les données d'expérience.
Il y a relativement peu d'exemples d'évaluations portant sur l'impact des services. Les exemples indiqués ici d'évaluations qui se mettent à l'écoute des enfants eux-mêmes donnent une idée de ce que l'on pourrait tirer d'évaluations de ce genre. Les enfants peuvent évaluer les services d'après leur expérience personnelle - leur situation a-t-elle changé dans le bon sens, leur qualité de vie s'est-elle améliorée, voient-ils se dessiner de nouvelles perspectives d'avenir ?
Que peut-on attendre du prochain Congrès mondial ? Pour les professionnels en contact direct avec les enfants et les jeunes, il sera jugé aux réponses qu'il apportera à certaines questions fondamentales. A-t-il recentré l'attention du monde sur la question de l'agression et de l'exploitation sexuelles des enfants ? A-t-il sensibilisé le public à l'impact de ces agressions sur les enfants ? A-t-il produit suffisamment de données et d'informations permettant de concevoir de nouvelles façons d'inspirer et de recentrer les projets ? Les organisations ont-elles reçu des encouragements et appui pour consigner, évaluer et diffuser leur travail, et s'assurer que les enseignements et les pratiques cités en exemples sont tirés de tous les continents? A-t-on demandé aux organisations d'analyser l'impact de leur travail ? A-t-il encouragé les jeunes à s'exprimer et a-t-il tenu compte de ce qu'ils avaient à dire sur le problème et les stratégies d'intervention ? Du point de vue des jeunes, les programmes de prévention, de protection et de réadaptation vont-ils être multipliés et entraîner des changements positifs pour les plus vulnérables d'entre eux ? Si le deuxième Congrès mondial peut atteindre ces objectifs implicites, il aura beaucoup fait pour améliorer les services qui valorisent la prévention, préconisent une meilleure protection et concourent à la réadaptation et à la réinsertion des enfants et des jeunes. L'impact global de ces services pourrait être bénéfique pour chacun d'entre nous.








